Conférence de Marie-Antoinette Critiano


Marche au désert... empreinte de Dieu

par Marie-Antoinette Cristiano

Église Saints-Pierre-et-Paul, 1 mars 2009

 

 

Introduction

 

Qu’il est difficile de parler des grandes beautés, de la Splendeur, des choses qui nous ont émerveillés, qui ont touché en nous des lieux qui nous ont redressés. Je vais oser en balbutiant, avec ce souffle intérieur qui nous habite tous. J’aspire plus à une communion qu’à savant exposé de l’aventure du désert. J’ai envie de partager avec vous une expérience, parce que la sagesse du désert est extrêmement grande et riche... même si je ne peux, moi, vous apporter que quelques grains de sable.

 

Ce qui enrichit l’expérience du désert, c’est le travail sur le terrain, dans la relation d’aide à des personnes accompagnées : l’âme peine, par moments, à traverser certaines périodes difficiles, lorsqu’elle est confrontée aux grandes souffrances de l’existence, à la mort, à la solitude, à l’épreuve du divorce, du vieillissement, à tout ce qui peut l’affecter, l’abîmer. Comment, dans le chemin du travail intérieur, pouvons-nous faire de ces lieux, qui semblent être des lieux de mort, des lieux de vie, des lieux de grâce, des lieux de portée vers - osons le dire - plus grand que nous ?

 

Quand on m’a proposée de faire ce partage avec vous, il s’agissait principalement de mettre le désert en relation avec le Carême car il est le lieu, en général, de l’épreuve... comme peut l’être le Carême. Je vais essayer de mettre les deux en résonance et j’espère répondre à quelques-unes de vos soifs.

 

Je vous propose de mettre ensemble nos pieds dans le sable et de partir dans cette aventure... Les pieds dans le sable... et la tête tournée vers le ciel. C’est là, entre le ciel et la terre que nous nous trouvons : entre la terre, notre humanité, le terreux, le glaiseux, l’adamah que nous sommes et le ciel, notre part céleste, notre part divine. Nous avons à vivre cette humanisation de l’homme... et sa divinisation. Notre nature humaine est appelée à se diviniser, à croître, à se transformer. Comment faire du Carême ou d’autres fêtes ou temps importants de nos vies des temps de richesse, de communion avec nous-mêmes, avec la vie, avec Dieu, avec les autres... au lieu qu’ils soient des temps qu’on consomme jusqu’au prochain temps ? Ce travail est celui d’une vie.

 

Entrer dans le désert, c’est aussi se mettre sur les traces d’autres qui nous ont précédés, à l’instar d’Abraham, de Moïse, du prophète Élie, de Jésus,... Toutes ces personnes nous ont montré un chemin, une voie possible. On trouve aussi dans les traces du désert celles des pères du désert. Durant les premiers siècles du christianisme, certains chrétiens sont partis dans le désert pour fuir les persécutions... d’autres pour avoir une qualité de communion avec Dieu. Les communautés de moines dans le désert nous ont laissé des enseignements très riches. Quand on étudie la psychologie et qu’on lit les pères du désert, on se rend compte qu’il y a pas mal de choses qui sont en résonance.

 

Inspiré d’un peu tout cela, nous allons marcher et essayer d’entrer un peu dans le désert.

 

 

1 - Le désert, lieu de contemplation

 

Ce qui frappe énormément le regard quand on entre dans le désert, c’est la beauté et la force de la nature. Le désert - en tout cas, le Sinaï - est un désert très rocailleux. Il y a des roches splendides qui ont été façonnées par le vent, avec des couleurs très belles, très chaleureuses. Et les nuits sont superbes aussi... sous un ciel rempli d’étoiles... Toute cette beauté nous invite à la contemplation... Contempler...

 

Comment, pendant ce temps de Carême, puis-je prendre le temps de regarder autrement les êtres qui sont autour de moi ? Comment aiguiser mon regard pour voir au-delà de ce qu’on voit ? Avec le regard aiguisé, on arrive petit à petit à voir ce qu’il y a d’invisible dans le visible.

 

Quand on regarde quelqu’un, comment le regarder au-delà de l’image parfois défigurée qu’il nous montre de lui ? Comment oser le voir plus grand que ce qu’il nous montre ? Comment oser espérer en lui quelque chose de l’ordre de sa vraie grandeur ? Quand nous sommes dans des colères, dans des haines abyssales, dans des violences excessives, ne nous réduisons pas et ne réduisons pas les autres à ce que nous voyons là. Ou quand nous voyons quelqu’un de malade, de souffrant, ne nous arrêtons pas à ce que nous voyons.

 

Dans le désert, on parfois a l’impression qu’on ne voit rien... mais justement... c’est là, la Bonne Nouvelle, une des grâces infinies du regard que nous pouvons aiguiser : c’est de voir au-delà... voir au-delà de ce qui est... et aussi voir au-delà de ce qui n’est pas.

 

C’est également une invitation à regarder au-delà de la convoitise, comme dit le Christ : « toi qui regardes cette personne-là, tu commets déjà l’adultère. » Parce que l’adultère, c’est convoiter l’autre, c’est le prendre pour un objet et non regarder la beauté qui est là dans cette personne attirante. Le Seigneur nous invite à sortir de la convoitise et de la consommation pour entrer dans la communion à l’autre. Un père du désert a dit qu’au moment de la chute, l’homme est passé de l’état de communion à l’état de consommation. Nous avons à revenir à notre vraie nature, à la nature de l’être simplifié.

 

 

2 - Le désert, lieu de silence

 

Ce qui frappe aussi quand on arrive dans le désert, c’est le silence... la qualité du silence qui se trouve dans ce lieu. Ce sont des plages de silence... des plages... et des plages de silence. Comme une invitation à le laisser entrer en nous... à sortir du bruit, à sortir des frénésies bruyantes dans lesquelles nous sommes plongés parfois... pas toujours parce que nous l’avons choisi, mais aussi parfois parce que les circonstances de la vie nous y plongent.

 

Comment mettre un peu de silence autour de nous... et en nous ? Le silence révèle le bruit... et toutes les voix intérieures... Si on prenait un peu le temps d’être dans ce silence, si l’on écoutait un peu à l’intérieur, on entendrait beaucoup de voix, de chuchotements,... Il y a aussi parfois des plages de voix accusatrices à l’intérieur de nous... des voix qui ne nous tirent pas vers le haut, mais qui nous mettent du poids sur l’âme... du poids... du poids... du poids...

 

Comment laisser entrer dans ces lieux-là un espace de silence ? Comment ne pas donner la parole à ces voix ? Comment ne pas leur donner à manger ? Une petite cuillère pour l’accusation, une petite cuillère pour le jugement, une petite cuillère pour la haine de soi, une autre pour le mépris... Toutes ces voix, comment ne pas les nourrir ? Comment apprendre à les sevrer ? Ne pas nourrir les voix du destructeur. L’expérience du désert nous amène à être confrontés à ces pensées...

 

Un moine dans le désert vivait en ermite dans une petite maisonnette qui n’avait qu’un seul petit trou. De là pouvaient entrer les serpents... et il y a des serpents dangereux dans le désert. Ce moine disait : « si je ne coupe pas tout de suite la tête du serpent qui se présente, il va entrer et me tuer. » Il faut couper la tête à la pensée destructrice qui est en nous, dès qu’elle se présente, avant qu’elle ne nous tue. Il faisait le parallèle entre le serpent et la pensée qui peut être destructrice.

 

Après nous être dépouillés de ces menaces intérieures, le silence fait de nous une terre plus vierge... au sens fort de la virginité : une terre sans mot capable d’accueillir le Verbe. C’est toute la belle aventure et la grande mission de Marie. De nos terres intérieures virginales peut naître une autre qualité de parole. Mais pour donner une parole vraie, une parole qui relève, une parole qui bénit, une parole qui redresse, elle doit avoir passé l’épreuve du feu du silence, sinon elle reste stérile. Comment pouvons-nous, dans ce temps de Carême, cesser les bavardages et faire un jeûne de parole  ?


 

3 - Le désert, lieu d’écoute

 

Si, dans ce silence, il y a la place pour que jaillisse une parole plus profonde, il y a aussi la place pour l’écoute. Le silence est une invitation à l’écoute... Comment écouter ? Comment écouter vraiment ? Écouter, c’est faire de la place pour l’autre. Le premier commandement, c’est « Écoute, Israël ». Écoute... Écoute... Écoute, Israël... Ca veut dire : écoute, Nicole... Écoute, Camille... C’est une invitation pour chacun à écouter...

 

Nous avons à réapprendre à écouter... réapprendre à écouter ce qu’il y a en nous, ce qu’il y a en dehors de nous et ce que les autres nous disent. Et pour pouvoir écouter, il faut sortir de nos préjugés : on n’écoute pas avec la suffisance de nos certitudes. On ne peut pas écouter quand on a déjà la réponse avant même que l’autre n’ait eu le temps de dire ce qu’il a à dire. Par exemple, lorsque vous voulez parler à quelqu’un d’un problème et que celui-ci, au lieu de vous écouter, se met à vous parler du sien...

 

Prendre le temps d’écouter... On n’écoute pas seulement avec ses oreilles : tout notre corps est appelé à être à l’écoute, à être en résonance avec l’autre, avec ce qui est là. Le désert approfondit notre écoute. Il faut avoir le courage et la grâce de se mettre dans la présence de ce silence... le silence des lèvres... puis le silence du coeur... jusqu’au silence de l’esprit (qui est un don de Dieu, disent les pères du désert)... pour offrir une qualité d’écoute.

 

Je disais tout à l’heure qu’il fallait voir au-delà de ce qu’on voit... Il faut aussi écouter au-delà de ce qu’on entend. « Qu’est-ce que tu es en train de me dire quand tu me dis que tu n’en peux plus, que tu as mal, que la vie te fait mal ? Quelle est la soif qui est en-dessous de ce que tu me dis ? » Souvent, on donne directement à boire à celui qui dit avoir soif... mais il faut apprendre à être attentif à une autre soif, aux besoins intérieurs... Nous devons être des veilleurs et des éveilleurs, grâce à l’oeuvre de l’Esprit Saint dans nos vies...

 

 

4 - Le désert, lieu d’une parole créatrice

 

En hébreu, le mot « désert » se dit « midbar » qui a la même racine que « davar » qui veut dire « parole ». Les mots « désert » et « parole » découlent de la même source. Le désert est aussi un lieu de parole... un lieu qui parle... un lieu qui nous parle. D’où l’importance d’être à l’écoute, d’être en silence. D’où l’importance des temps de Carême, des temps d’épreuve dans nos vies qui nous permettent d’être dans cette réceptivité de la parole : parole de l’autre, parole de nos voix intérieures, parole de Dieu, voix des profondeurs...

 

Nous ne vivons pas uniquement de pain... mais aussi de toute parole qui sort de la bouche du Grand Vivant, de Celui qui fait que nous respirons en ce moment. C’est de cette parole-là que nous sommes invités aussi à nous nourrir... une parole de sève... une parole qui met de la sève dans notre bouche... Et l’Évangile prêché dimanche après dimanche, comment me parle-t-il ? Si j’arrive en étant une terre occupée, je n’aurai plus cette ouverture à autre chose. C’est pour cela qu’il y a des temps de désert dans nos vies, des temps pour nous donner soif, des temps pour nous dépouiller, des temps de Carême pour enlever tout ce qui fait obstacle... Le mot « obstacle » en hébreu, c’est « chatan », c’est le Satan... Enlever tout ce qui fait obstacle à Dieu... pour que cette parole devienne vraiment une nourriture.

 

Quand le prêtre donne la parole de réconciliation dans le sacrement de réconciliation par exemple, c’est une parole plus grande que lui : c’est une parole qui vient de la Source et, parce qu’elle vient de la Source, cette parole nous redresse. La Parole de Dieu est créatrice. Dès le départ, dans la Genèse, Dieu dit et cela est créé. La Parole crée quelque chose en nous. Si elle ne créait rien, elle ne serait que bavardage. Jésus dit : « je suis la Parole, je suis le Verbe » : si ce Verbe ne nous touche pas, Il a vécu pour rien et Il est mort pour rien... et nous passons à côté de la Splendeur.

 

Il y a des paroles qui détruisent, qui blessent, qui anéantissent... C’est la parole de la malédiction (dire du mal). Mais un psaume dit : « la parole du sage est guérison ». Il y a aussi une parole de bénédiction : dire du bien, bénir, relever. « Bénissez et ne maudissez pas », dit l’Écriture dans le Deutéronome. Bénissez la terre, la mer, les fleurs, les arbres et les hommes... Tout nous ouvre à la bénédiction... Tout est digne de bénédiction... même les enfers puisque le Christ y est descendu. C’est la Pâque : il y a une Parole qui peut descendre jusque dans nos souffrances parfois terribles et ouvrir ces prisons-là. Alors, allons à la Source de cette Parole. Ce temps de Carême est un temps pour nous donner soif d’une Parole Vraie.

 


5 - Le désert, lieu de passage

 

Une parole permet de se remettre en marche. De nombreux et magnifiques exemples dans l’Évangile montrent le Seigneur qui remet en route par ses paroles : rencontre, relèvement, mise en route. Le désert, comme le Carême ou les épreuves, ne sont pas des lieux où nous avons à rester dedans. On ne peut pas s’arrêter dans le désert : si on le fait, on mourra car on finira par manquer d’eau, par manquer du nécessaire ; le soleil et l’aridité du lieu sont tels que ce n’est pas possible de rester. Nous avons à traverser les déserts de nos vies : le désert est un lieu de passage. D’ailleurs, le Seigneur n’est pas resté sur la croix, ni dans le tombeau : Il est ressuscité... pour nous montrer que nous n’avons pas à rester dans l’effondrement, dans la mort, dans la haine, dans tous ces abîmes : nous avons à les traverser, à trouver des issues... et Jésus est l’issue... Il nous montre l’issue. 

 

Le mot « Pâque », en hébreu pessah, signifie passage : la croix est un lieu de passage. Il faut aller au-delà, avancer, ne pas rester sur place, et dans ces moments ne pas hésiter à se faire aider... Les autres sont importants dans ces moments-là... Marcher... Le mot « hébreu » en hébreu signifie la traversée : un Hébreu est celui qui traverse, contrairement à l’Égyptien qui est celui qui est englouti par les eaux de la Mer Rouge. Nous aussi, nous avons à traverser, pour ne pas être engloutis par les eaux.

 

Il y a différentes manières de marcher dans tout ce qu’on vit : dans nos vies, on peut marcher comme un touriste : derrière son appareil photo, le touriste vit à la surface de la terre et n’entre pas en profondeur. Quand il lui arrive quelque chose, le touriste est celui qui toujours râle, rouspète, combat, va se plaindre... On peut aussi marcher en pèlerin... Il est celui qui va plus en profondeur dans l’écorce de la terre, celui qui va donner du sens à sa marche, celui qui va respecter la terre sur laquelle il marche.

 

Durant ce temps de Carême, regardons comment nous marchons sur cette terre : est-ce que je suis un consommateur de la terre ou est-ce que je suis dans une communion avec elle ? Est-ce que je me sers d’elle ou est-ce que je la sers ? Le pèlerin est celui qui sert la terre, celui qui en marchant sait qui lui donne la force de marcher. Le touriste est celui qui l’a oublié... On parle de Terre Sainte, de Terre Sacrée... Mais toute la terre est sacrée. C’est notre manière de marcher dessus qui la rend sacrée... et souvent nous la profanons. Comment puis-je enrichir cette terre, la respecter ?

 

Être pèlerin, c’est aussi se laisser travailler par la terre, par la vie, se laisser se remettre en question... Le mot « question », c’est la quête, c’est être en quête, être en chemin, être toujours en chemin. Nous sommes toujours en chemin. Jésus n’a pas dit : « Je suis le But »... Il a dit : « Je suis le Chemin. »... Toujours être en chemin... toujours des cheminants... des voyageurs... qui, pas à pas, conscients, entre le ciel et la terre, se relient chaque jour davantage et apprennent à travers toutes les expériences et les dépouillements, à donner du sens et à se mettre dans l’axe de la Vie.

 

 

6 - Le désert, lieu de dépouillement

 

Dans le désert, la marche nous invite au dépouillement car il est très dur de marcher avec des sacs lourds... Parfois, nous avons de grands sacs à dos, pleins de mémoires, d’histoires, de vécus qui alourdissent notre marche... Comment, pas à pas, apprendre à nous délester de toutes ces mémoires, à les laisser derrière nous ? Et... nous réconcilier avec elles ? On ne peut pas laisser le passé : il faut y travailler, il faut en faire quelque chose, mais ne pas y rester. Nous avons une histoire en nous qui a besoin d’être rencontrée et aimée, pour arriver à faire la paix avec elle...

 

Nous devons nous dépouiller de tout ce qui alourdit notre âme, notre corps, notre esprit... Rien n’est divisé : nous sommes un. Quand on a quelque chose de lourd sur l’âme, le corps est lourd aussi, et vice versa... L’esprit peut être alourdit aussi. Nous rendre plus léger... Relisez le passage d’Isaïe 58 où l’on parle du jeûne. Dieu dit : « voici le jeûne que j’aime : détachez les chaînes de l’esclavage » Détacher du passé (même du présent) ce qui nous rend esclave... Il y a plusieurs lectures de l’évangile, mais il ne s’agit pas de se dépouiller, parfois radicalement, de ce qu’on a, mais bien de se dépouiller de l’attachement qu’on a aux choses : il faut se dépouiller des « Je suis car j’ai. »

 

Je vais prendre l’exemple d’Abraham. Dieu lui demande de sacrifier Isaac, son fils.  Il est là, le bûcher est préparé, son fils est prêt pour le sacrifice... et Dieu l’arrête... Le texte hébreu est clair : quand Abraham monte sur la montagne, il monte avec son fils... C’est mon fils... Mon fils, ma voiture, ma femme, ma maison, mon mari... Mon... Mon... Mon... Quand Abraham descend de la montagne, il descend avec le fils... de Dieu. Ce n’était pas son fils qui devait lui donner l’existence. Il faut se dépouiller de ces liens-là et passer de « mon fils » au « fils de Dieu », sinon nous allons vivre dans les dépendances.

 

Dans les détachements, nous réalisons petit à petit que tout ce qu’on croyait si important ne l’est peut-être pas tant que cela : il y a peut-être autre chose plus important. Souvent quand on revient du désert, les personnes disent qu’elles attendaient impatiemment de pouvoir prendre une douche. La douche devient en effet une grâce à ce moment-là : le goût de la grâce... On réalise alors que rien ne nous est dû, que tout est don... Rien ne nous est dû : l’amour de notre conjoint(e) ne nous est pas dû... lui-même ne nous est pas dû... l’amour de nos enfants ne nous est pas dû... leur santé ne nous est pas due... notre santé ne nous est pas due... notre intelligence ne nous est pas due... notre frigo plein ne nous est pas dû... rien ne nous est dû... Alors tout devient don... La richesse, c’est de savoir que tout est grâce : je suis riche de ce que j’ai et je ne vais pas courir après ce que je n’ai pas...

 

Quand quelqu’un s’en va de ma vie, ce ne m’était pas dû qu’il reste. Soyons rassasiés : nous sommes riches de tout ce que nous avons vécu ensemble, nous sommes habités par cela. Nous ne sommes pas appauvris par la séparation : nous sommes enrichis de tout ce que nous avons vécu.

 

C’est savoir tout ce que nous avons qui nous rend riches... Et nous cheminons vers une richesse encore plus grande : celle de la présence de Dieu. Mais il y a aussi ce qui nous sépare de cette présence. Quand Jésus va dans le désert, il est confronté à l’esprit du mal qui va le pousser à des tentations, le confronter à ses choix profonds, à affirmer ses choix. Il est tenté par les trois grandes tentations auxquelles nous aussi sommes confrontés : la possession, le pouvoir et la gloire. Elles sont des mirages et donnent une fausse sensation d’être... On peut avoir, mais ce n’est pas parce que j’ai que je suis : ce que j’ai, je suis invité à le partager et à rendre grâce... De même, le vrai pouvoir, ce n’est pas sur les autres qu’il faut l’avoir, mais sur sa propre vie : c’est le pouvoir d’aimer et de se transformer. Enfin, la vaine gloire : la tentation d’être au sommet de tous les royaumes du monde... Ce n’est pas parce que nous passons sur les scènes du monde que nous sommes plus que celui qui n’y passe pas... Tant d’illusions...

 

 

7 - Le désert, lieu de rencontre

 

Dans cette marche dans le désert, nous finissons par avoir soif... Il y a des temps dans nos vies qui nous donnent soif... Si nous avons soif, c’est qu’il y a une source... vers laquelle nous sommes invités à aller. Dans le désert, le puits est une des sources... mais il nous révèle une autre Source. Sur le plan psychanalytique, Lacan disait :  il y a en nous un désir infini que seul l’infini peut combler. Aucune chose, aucun avoir, aucun pouvoir, aucune gloire ne peuvent pas combler mon désir : seule la vraie Source peut combler.

 

Dans la tradition biblique, le puits est le symbole du coeur... C’est aussi le lieu des rencontres : Moïse et sa femme, Jacob et Rébecca, etc. Il y a plein d’histoires autour d’un puits. Il y en a une très belle : la rencontre de Jésus et de la Samaritaine. Il est midi, l’heure où le soleil est au zénith, l’heure d’une grande intensité lumineuse, l’heure qui ne fait place à aucune ombre. Une femme, assoiffée certainement (comme nous, après notre marche), arrive près du puits. Là se tient la Splendeur. Là, le ciel est sur la terre et une rencontre a lieu. Le désert est un lieu de rencontre.

 

De cette rencontre entre la terre et le ciel, entre cette femme et Dieu, jaillit l’inattendu et l’extraordinaire : c’est la Source de Tout, la Vie, le Créateur, l’Absolu qui demande à boire. Dieu a soif de nous... Dieu a soif de toi... Il nous désire d’un désir ardent... Il désire qu’on Lui apporte ce qu’il y a en nous : « J’ai soif... Donne-moi ton coeur... Donne-moi ton mal... Donne-moi ta souffrance... Donne-moi ta peine... Donne-moi tes joies aussi... » Il a soif de toutes nos eaux taries par la vie. Ne les gardons pas en nous, mais apportons-les-Lui... en offrande...

 

La Samaritaine est intriguée : « c’est toi qui me demandes à boire ? » Vient alors cette parole : si tu savais le don de Dieu... Si nous savions le don de Dieu... Nous n’avons pas suffisamment conscience du don de Dieu... Nous avons de plus en plus à être conscient de ce que Dieu nous donne, de ce que Dieu a fait, de ce don qui Le conduit jusqu’à la Pâque, jusqu’à non seulement se donner, mais aussi se livrer... Si nous savions le don de Dieu... Nous ne le savons pas, mais nous sommes en chemin pour le découvrir chaque jour davantage...

 

À un moment, Jésus lui dit : « va me chercher ton mari » et elle Lui répond qu’elle en a cinq... Elle a une soif d’amour qui s’est répétée, et répétée, et répétée... Mais elle est allée boire à ces eaux qui ne la comblaient pas. Jésus lui révèle la possibilité d’une autre Source : « Si tu continues à boire de ces eaux-là de l’avoir, du pouvoir et de la gloire, tu auras toujours soif... mais si tu bois de cette eau-là... » « Seigneur, je ne sais pas comment faire pour boire de cette eau-là... alors, apprends-moi... » Nous devons réapprendre à aller boire à la vraie Source, à la source de l’Amour qui habite en nous.

 

Dans le désert, le peuple hébreu avait construit ce qu’on l’appelait « la tente de la rencontre » avec le tabernacle qui était la présence de Dieu. C’était une manière d’aller rencontrer Dieu qui était, dans cette vision-là, extérieur.

 

Sans entrer dans une vision moralisatrice, les péchés sont tout ce qui abîme notre âme, tout ce qui est à côté de l’axe de la Vie, tout ce qui nous coupe de la Source. Ce qui est extraordinaire avec le Christ, c’est que par sa Pâque, Il descend jusque dans nos abîmes, nos enfers, notre mal, nos péchés et nous en libère. C’est la victoire de l’amour sur le mal.

 

Cette épreuve de la Pâque est une épreuve à la fois de mort et d’une souffrance choisie : « Ma vie, on ne me la prend pas : c’est moi qui la donne », a dit Jésus. Il s’est donné... C’est un don... pour nous permettre aujourd’hui d’en éprouver les bénéfices de ce don... C’est quelque chose qui s’est passé il y a 2000 ans, mais on ne peut pas en rester à une commémoration : il s’agit de vivre la communion à cette Pâque, pour mourir avec les choses qui meurent en nous... car il y a des choses dont il faut se séparer. Mais ce temps de la souffrance n’est pas le dernier acte : il y a ce qui jaillit en nous, ce qui guérit, ce qui se redresse, ce qui fait revivre. C’est cela la résurrection. Il s’agit d’adhérer à cette Pâque, pas seulement avec notre mental, mais de tout notre être : il y a une vraie communion vers la résurrection et vers Celui qui dit : « Je suis la Résurrection et la Vie. »

 




Le mot de la fin...

 

Ce temps de Carême peut être vraiment un temps d’enrichissement, un temps de vie... Je vous ai donné quelques pistes de réflexion et de cheminement... Durant ce chemin de Carême, certaines traditions nous rappelle que nous sommes poussière et nous retournerons à la poussière. C’est le terrien que nous sommes... Mais nous sommes aussi lumière et nous retournerons à la lumière... Merci de votre écoute...


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