Notre mayonnaise a pris ce week-end à Banneux

Publié le par Gens d'Outremeuse

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Dt 4,1-2.6-8  ~  Ps 14   ~   Jc 1,17-18.21b-22.27  ~  Mc 7, 1-8.14-15.21-23                            

Frères et soeurs,

Particulièrement pour vous qui n'avez pas pu partager toute notre après-midi de réflexion, je voudrais vous dire que nous avons réfléchi sur la foi. Vous le savez sans doute, notre pape Benoît XVI a déclaré que cette année serait celle de la foi, la foi qui se trouve au coeur de l'Évangile : combien de fois, en effet, Jésus ne réclame-t-il rien d'autre que la foi. Il ne demande non pas un meilleur comportement de l'homme... Il va d'ailleurs fréquenter beaucoup de monde au comportement douteux... Mais que ce soit à eux ou aux gens BCBG, aux gens qui connaissent leur catéchisme, leur Loi par coeur, il ne demandera qu'une seule chose : la foi. 

Encore une fois, pour ceux qui n'étaient pas là cet après-midi, nous avons proposé de réfléchir à partir de quatre mots. Il y en avait deux pour lesquels on pouvait facilement faire le lien avec la foi puisqu'il s'agissait des mots "source" et "Église". Les deux autres mots ont été volontairement choisis de manière plus exotique puisqu'il s'agissait des mots "crayon" et "mayonnaise". Vous me direz : quel est le rapport entre la foi, le crayon et la mayonnaise ? Ce petit travail nous obligeait à créer des liens entre des mots bizarres... Mais en fait c'est comme cela que Jésus réfléchissait pour créer ses paraboles : en faisant des liens avec la semence, la levure, le on berger, le père avec ses deux fils, etc., Jésus va faire des liens surprenants, mais qui nous aident à pousser à fond notre réflexion sur la foi.

J'en viens à parler plus spécifiquement de la mayonnaise. Plusieurs d'entre vous avaient dit que la mayonnaise, ce n'est pas si facile que cela à réussir : il faut avoir plein d'ingrédients, et puis il faut les mélanger au bon moment. Il ne faut pas tourner trop vite, ni trop lentement quand on bat la mayonnaise.

Je crois qu'en lien avec les lectures d'aujourd'hui, on peut dire que les ingrédients de la foi ne changent pas d'une époque à une autre. On aurait pu réfléchir à quoi font penser l'huile, le vinaigre, l'oeuf ? Quelques groupes y ont réfléchi. On pourrait systématiser cette réflexion et créer de nouvelles paraboles à partir de la mayonnaise. Je vous laisse divaguer à l'aise...

Je pense maintenant à une belle comparaison. Qui d'entre vous fait encore sa propre mayonnaise ? Solange fait encore sa mayonnaise ("Elle est meilleure"). Mais justement : la foi, ça ne s'achète pas tout fait. Ca se prépare, ça se vit. La comparaison est très belle : pour avoir une meilleure mayonnaise, il vaut mieux la faire soi-même.

Si les ingrédients ne changent pas, la manière de vivre les ingrédients de la foi changent de siècle en siècle, de génération en génération. On peut prendre le livre du Deutéronome qui a été écrit 5 siècles avant Jésus, les Juifs ont fait une découverte formidable : peut-être pour la première fois dans leur histoire et plusieurs siècles après la sortie d'Égypte, ils se sont rendus compte que Dieu était présent dans le monde. Ils se sont alors dit : "si Dieu est vraiment présent dans notre vie, nous qui n'avons pas connu l'Égypte, nous qui venons 5 ou 6 siècles après, alors il faut nous rappeler cette période. Nous devons vivre d'une autre manière". C'est ainsi qu'ils ont mis par écrit une série de commandements, de décrets que Dieu demande de mettre en pratique. Ils avaient découvert la foi de cette manière-là. Ils avaient poussé le souci du détail jusqu'à préciser telle ou telle chose à faire ou non dans la vie quotidienne.

Déjà avant et après ces décrets, des prophètes sont venus et ont dit : "il ne suffit pas de vivre ces décrets. Vous devez avoir une religion du coeur et non seulement une religion où vous suivez la recette point par point. Il faut que ce soit le coeur qui domine et qui invente ou réinvente la recette de la foi". C'est ce que Jésus essaie de faire comprendre à ses interlocuteurs dans l'Evangile d'aujourd'hui. Il dit : « Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage de l'Écriture : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu'ils me rendent ; les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes », aux recettes des hommes.

Nous, quand nous avons trouvé une recette qui marche, nous l'appliquons tout le temps... et ça nous empêche de réfléchir... Tandis que Dieu réinvente à chaque génération, avec chaque être humain, la recette de la mayonnaise. 
Il ne faut pas se laisser désarçonner, surtout à notre époque : il est normal que Dieu veuille avec nous réinventer la recette de la mayonnaise. Alors on peut regarder le passé et dire : "dans le temps, on faisait la mayonnaise comme cela..." Oui, mais maintenant l'époque a changé. On la fait autrement, avec les mêmes ingrédients de base, mais avec une touche différente, propre à chacun et chacune d'entre nous... et propre aussi à la situation dans laquelle nous nous trouvons.

N'ayons pas peur. Le Dieu auquel je crois et auquel je vous invite à croire est un Dieu qui veut toujours nous sortir des recettes toutes faites. Bien sûr, gardez vos recettes du passé, mais restez ouverts à tous ceux et toutes celles, en particulier aux plus jeunes, qui nous invitent à vivre notre foi autrement. Il ne faut pas avoir peur de la situation dans laquelle nous vivons... même si elle est loin d'être aussi glorieuse qu'il y a quelques années, quand les églises étaient pleines. À travers ce que nous vivons, Dieu nous pousse dans le dos, même méchamment dans le dos, pour nous inciter à inventer de nouvelles recettes pour aujourd'hui, à reprendre même tout de A à Z.

Alors soyons de bons cuisiniers... ou des apprentis cuisiniers dociles. Même si pendant 50 ans, on vous a appris à faire une recette toujours de la même manière, si un jeune cuisinier (et Jésus est arrivé comme un jeune cuisinier qui a dit : "moi, je ne fais pas la recette de la Torah de cette manière") dit faire la recette autrement, il faut évidemment vérifier que le cuisinier que vous avez devant vous n'est pas un farfelu, c'est un minimum... et Jésus pendant trois ans a quand même laissé réfléchir tout le monde. Mais quand vous vous dites -et c'est là le point central de la foi : et pourquoi pas ? Et pourquoi ne ferais-je pas confiance à ce nouveau cuisinier qui prend les mêmes ingrédients mais qui les réarrangent d'une autre manière ?

N'ayons pas peur, frères et soeurs. N'ayons pas peur car c'est cela la foi : un saut pas vraiment dans le vide... Parce qu'avec Jésus on peut y aller en toute confiance. Mais quand même un saut qui fait peur car tout nous est présenté d'une autre manière dans la société d'aujourd'hui. Faisons confiance à la Parole de Dieu. Et même si de vieilles cuisines se délabrent, on peut toujours faire la mayonnaise dans une cuisine qui n'est pas forcément au top. La mayonnaise peut aussi bien réussir sous une tente ou dans un palais.

Sans doute que nous serons appelés à vivre et à faire la cuisine de la foi d'une toute autre manière dans les années à venir, mais tant que nous restons ensemble autour du Christ, il ne peut rien nous arriver. 





Jean Pierre Pire
Chapelle du Saint-Sacrement, Banneux
1 septembre, 17h30

Retranscription : Elisa

 

 

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