La folie amoureuse de la faiblesse de Dieu - Homélie

Publié le par Gens d'Outremeuse



Sg 2, 12.17-20    ~    Ps 53   ~     Jc 3, 16-18 ; 4, 1-3    ~    Mc 9, 30-37
 

                           

 

Frères et soeurs,

Il est écrit dès les premières pages de la Bible, dans le récit de la Genèse, que le 7e jour Dieu se reposa de toute l'oeuvre qu'il avait faite. Puisque nous sommes le 7e jour, je vous invite, frères et soeurs, à contempler l'oeuvre de Dieu. C'est le sens profond du dimanche : comme Dieu s'est arrêté de travailler pour regarder son oeuvre, nous sommes nous aussi invités à prendre du recul -même si c'est déjà la fin du dimanche- à nous arrêter, à regarder l'oeuvre de Dieu et spécialement d'admirer l'oeuvre qu'il a réalisée en Jésus. 

Lui que nous nommons le Dieu tout puissant a révélé en Jésus la folie de la faiblesse, la folie de la fragilité et nous en avons l'annonce dans l'Evangile d'aujourd'hui. Dieu nous a même révélé en Jésus une double faiblesse : sa faiblesse quand il était enfant et sa faiblesse pendant sa vie publique. Pour mieux faire ressortir cette faiblesse, je voudrais vous lire deux textes de deux penseurs juifs du moyen âge. Le premier dit en pensant à Jésus enfant : 

"Comment croirais-je en un dieu suprême qui entrerait dans le ventre d'une femme par ses organes sexuels (...) sans besoin de nécessité ? Comment croirais-je en un dieu vivant qui serait né d'une femme, sans savoir ni intelligence, sans distinguer sa droite de sa gauche, qui fait ses besoins et urine, tète les seins de sa mère avec faim et soif et qui, si sa mère ne le nourrissait pas, mourrait de faim comme le reste des hommes ?" (David Kimhi - 1160-1235).

C'est pourtant cette faiblesse-là que Jésus a voulu vivre. Et puis sa faiblesse en tant qu'adulte... Un autre penseur dit ceci : "Il m'est impossible de croire que Jésus est le Messie car la prophétie annonce au sujet du Messie : 'Il dominera de la mer à la mer et du fleuve aux confins de la terre' (Ps 72,8). Or, Jésus n'eut absolument pas de règne, au contraire, il fut persécuté par ses ennemis et dut se cacher d'eux ; à la fin, il tomba entre leurs mains et ne put même pas préserver sa propre vie. Comment aurait-il pu sauver Israël ?" (Moïse Nahmanide - 1194-1270).

Tout cela me fait penser à saint Paul qui dans sa 1e lettre aux Corinthiens écrit : "alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu'ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que l'homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme" (1 Co 1, 22-25). 

Frères et soeurs, faites bien attention à ce que je viens de dire car dans ce que je viens de dire, il se trouve un piège dans lequel vous pourriez tomber. Si vous vous contentez de dire : "ils n'ont rien compris, ces Juifs et ces musulmans" et si vous en restez à cette seule conclusion, vous tombez dans le piège... et je ne voudrais pas que vous tombiez dans le piège. Vous pouvez penser que c'est dommage qu'ils n'ont pas compris. Bien sûr que vous pouvez prier pour qu'ils comprennent. Mais surtout la question à nous poser : "avons-nous vécu en 2000 ans d'Église, vivons-nous aujourd'hui dans l'Église cette folie amoureuse de la faiblesse de Dieu ?"



Jean Pierre Pire
Messe qui prend son temps
Église Saint-Nicolas
23 septembre, 11h30

Retranscription : Elisa
 


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