Il en reste : nous en mangeons encore ce soir - Homélie

Publié le par Gens d'Outremeuse


La surabondance de Dieu
... lorsqu'un homme lui donne tout ce qu'il a, sans calculer ...
 

2 R 4, 42-44    ~    Ps 144   ~     Ep 4, 1-6    ~    Jn 6, 1-15
              

Une fois de plus, avec la lecture de l'Évangile, nous sommes invités à regarder Jésus et comment il nous invite à vivre. Ce qui me frappe, c'est justement ce regard attentif de Jésus : il est capable de deviner et de comprendre les besoins de ceux qui l'écoutent. Si vous avez fait attention, c'est Jésus qui s'aperçoit que les personnes qui sont autour de lui avaient besoin de pains. Personne n'était venu avec des calicots "Nous avons faim". Et aucun de ses disciples n'avait pensé dire à Jésus "Fais quelque chose". Non, c'est Jésus qui est attentif et qui comprend les besoins de ses auditeurs.

Mais la réaction à cette attention de Jésus ne se fait pas attendre : "Impossible !!! Ta demande, Jésus, est totalement irréaliste", lui dit Philippe... Pourtant Jésus demande à Philippe d'organiser quelque chose... Mais "pas possible"... Après cette première réponse, une deuxième tentative. Cette fois, elle vient d'André qui va s'informer et qui s'avance pour dire : "Oui, on a bien trouvé un jeune garçon avec 5 pains et 2 poissons... mais qu'est-ce que tout cela ?" Une fois de plus, le triste réalisme s'impose.

Ainsi donc pour les disciples de Jésus, l'esprit pratique et le réalisme semble l'emporter définitivement. Les gens ont faim... Tant pis : ils continueront à avoir faim. À l'impossible, nul n'est tenu, n'est-ce pas ? Mais ce serait oublier un autre dicton qui se trouve dans la Bible, celui-ci : ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Ainsi donc la résignation dans laquelle semblent tomber les disciples, le "À quoi bon ? On ne sait quand même rien y faire", le manque de confiance de ses disciples est en quelque sorte vaincu par la détermination de Jésus : il ne laisse pas tomber les bras... Mais pour aller plus loin, il a besoin d'un don. Il a besoin que quelqu'un accepte de donner ce qu'il a. Ce n'est sans doute pas grand chose, mais c'est à partir de ce don que Jésus peut agir. Je pense ici à un autre dicton, d'origine hindoue celui-ci : tout ce qui n'est pas donné est perdu."

Puisque je vous proposais de nous arrêter un peu sur la manière de faire de Jésus, continuons, voulez-vous ? Je vais un peu plus loin que ce texte d'Évangile car, vous l'avez compris, il évoque aussi l'Eucharistie, avec les gestes et les attitudes qui nous sont proposés dans la prière eucharistique. En effet, ce texte de l'Évangile nous propose de méditer sur ces différents gestes et attitudes de Jésus lors de la dernière cène mais aussi lors de chaque Eucharistie.

Il y a tout d'abord le fait d'apporter le pain. Ici, c'est un jeune garçon qui apporte le pain, qui participe avec tout ce qu'il a : il ne calcule pas, il ne retient pas pour lui. On pourrait très bien lors de l'Eucharistie apporter le pain, par exemple du fond de l'église, pour le déposer sur l'autel. Malheureusement, il est déjà sur l'autel. Mais ce geste pourrait exprimer que nous sommes partie prenante : quand la générosité de Dieu sollicite le partage des hommes, nous ne pouvons pas rester les mains dans les poches. Nous aussi, nous pouvons apporter.

Et puis Jésus va lever le pain. Il prend le pain et il le lève. Comme pour non seulement le recevoir, mais aussi en peser le poids, tout le poids symbolique, toute sa densité, toute l'épaisseur humaine et spirituelle. Tout à l'heure, je dirai en présentant le pain : c'est le fruit de la terre et du travail des hommes, c'est-à-dire de toutes nos activités humaines : le travail, la culture, tout ce que nous pouvons fabriquer, tout ce que nous pouvons créer. Nous apportons tout cela. Le pain de l'Euc
haristie représente, est chargé symboliquement de tout ce poids-là. Il est aussi chargé de toutes nos faims. Nous savons qu'il n'y a pas que la faim de l'estomac. Il y a toutes les autres faims : les faims de rencontres, de relations, d'amitié, d'amour. Et puis le lever du pain, c'est aussi un geste de bénédiction pour reconnaître la présence de Dieu : c'est lui qui nous donne et nous rendons à notre tour.

Puis ce pain va être offert : l'homme a donné (ce jeune homme, c'est chacun d'entre nous) et l'homme reçoit en abondance. C'est ce qu'on appelle parfois un admirable échange : nous donnons le pain et en échange nous recevons le Corps du Seigneur, nous recevons Dieu qui se donne. Nous donnons un peu de nous-mêmes et Dieu se donne totalement en échange.

Puis pour partager, il faut rompre le pain. La fraction du pain, que nous vivrons également tout à l'heure, nous fait grandir dans la communion avec Dieu, mais aussi, dans un même mouvement, dans la communion fraternelle avec nos frères, avec nos soeurs. Le geste de rompre le pain nous invite à partager... à partager entre tous, ce qui nous rend un peu plus frères et soeurs pour former un seul Corps.

Puis, une fois qu'il est rompu, partagé, il faut recevoir le pain, l'accueillir comme un don. N'est-ce pas une démarche de pauvre que nous sommes appelés à faire ? Tout à l'heure, vous viendrez et vous tendrez la main, comme le pauvre qui tend la main pour recevoir une pièce d'argent. Nous avançons les mains vides, pour accueillir, pour que Dieu vienne nous combler de sa présence. Et pour qu'il vienne nous combler, il faut qu'effectivement nous avancions vides, et non pas remplis de nous-mêmes. Tendre nos mains pour que Dieu vienne combler toutes nos faims.

Puis, enfin, nous pourrons manger le pain. Manger, c'est chercher hors de soi-même les énergies nécessaires pour vivre. Si je manque un morceau de viande ou un oeuf, c'est parce que j'ai besoin de ces protéines pour me fortifier. Je ne peux pas en moi-même trouver cette force-là. J'ai besoin d'un apport extérieur. Je n'ai pas en moi-même assez pour vivre. Manger le pain que Dieu me donne, c'est chercher en Dieu la grâce pour vivre ce que nous avons à vivre, pour nous laisser fortifier par sa présence.

Voilà quelques verbes qui nous sont donnés et que nous allons vivre tout au long de cette célébration. Nous allons être invités à apporter le pain, lorsque le prêtre présentera le pain sur l'autel. Nous sommes invités à nous associer à ce geste de lever le pain, de l'offrir, de rompre le pain pour le partager, le recevoir et le manger. Ce qui conclut ces six verbes, c'est la surabondance : il reste et il reste encore. De cinq pains, il reste encore douze paniers bien plein. Il y a du reste, en surabondance.

En commentant ce passage, saint Irénée termine en posant la question : "est-ce qu'ils ont tout mangé ? Non, puisque nous en mangeons encore ce soir, et demain, et après..."

                     


Jean-Louis Defer
Église Saint-Remacle
28 juillet, 18h30

Retranscription : Elisa

 

 

Publié dans Homélies

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